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LA TEMPÊTE

Le cube de mercure et d'ébène se referme comme un poing et la mer à l'intérieur s'étourdit sans mesure contre les parois infinies. Le vent des eaux-étoiles souffle aux franges du vide un silence de la couleur des plaies, oł l'écume froissée des nébuleuses incise une âme.
Je sais les vagues qui furent des aurores et le souvenir de l'abîme, une sculpture au sein des mondes.



*

POMPÉI

Le long de ces nuits innombrables et rampantes
les marbres de lune perlent aux aubes rares
sur la solitude immensité, rive-temps,
où les cendres en marche reposent et pensent
au chagrin des monts émiettés

*

UN VISAGE

Souffrir
pour s'extraire des ténèbres plates
et prendre forme à la lumière
(grise)
qui consume les forêts
et sentir enfin
en un cri d'écorce et de vent
le dos du monde contre ses lèvres

*

CRÉATEUR

Tendant mes voiles
au vent des centuries à l'approche
je cède
aux transes centrifuges menant aux étoiles de sel
et je navigue
aux paupières collées de jeunes océans
aux orées
des champs originels

*

VIDE

Regardez
les momies de plomb et les fantômes
danser au seuil des gouffres
et les saturnes s'étourdir
en lourdes marionnettes irisées
tournoyer
en rondes probables
et rebondir au fond des âges
À nouveau

*

ITHAKA

Le chemin longera les tertres jusqu'aux détroits
de là nous pourrons déchiffrer les noires maladies
les étoffes sans fond qui drapent nos douleurs

Tandis que les mourants de l'herbe claire
les chairs ouvertes
tressailliront encore aux immensités du jour



© Copyright 2002 Cécile Mérillon

Quelques poèmes de René Char...


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